De l’apport du web

En moins de 10 ans, tout ou presque est passé sur Internet. La recherche d’information ne passe plus par les bibliothèques. L’envoi de courrier ne passe plus par la poste. Le téléphone ne passe plus beaucoup par le téléphone filaire. Et pareil pour la TV, la radio, les photos ou vidéos. On ne va plus à la banque demander un relevé. On fait ses achats après avoir comparé les modèles et les prix sur Internet. On prend en ligne ses billets de train ou d’avion. Bref, plus besoin de sortir chez soi. Même socialiser, il paraît* qu’on peut le faire sur Internet (avec des dérapages qui font très peur parfois, entre les phénomènes de harcèlement, de débordement, d’addiction ou d’isolement réel au profit de rencontres virtuelles – et pas que pour les ados -).

Bref, beaucoup de bénéfices et de nouveaux usages pour reprendre une expression à la mode, des besoins nouveaux aussi apportés par la technologie, de vrais impacts à long terme sur la communication et les modes de partage, mais aussi tout simplement sur la société et sur la santé. On en reparlera, c’est sûr.

 

Et pour l’écriture alors ?

Il y a 10 ans, il y avait surtout des sites spécialisés, avec de vrais journalistes, formés dans les écoles qui vont bien, qui faisaient de longs articles détaillés sur des sujets de fond. Puis on est passé aux blogs, avec des articles plus courts et plus simples, rédigés pour être plus faciles à lire par le plus grand nombre. Tout le monde pouvait écrire, être lu, commenter et l’information est soudain devenue beaucoup plus accessible qu’au travers des médias traditionnels. Certains blogueurs ont été qualifiés d’influents, d’autres n’avaient pas les qualités attendues pour être journaliste et rapportaient plus qu’ils n’investiguaient, mais l’information était enfin libre et ouverte (en tout cas dans nos sociétés occidentales).

Ensuite, et c’est là que je commence à m’interroger, pour répondre à la demande d’internautes toujours plus pressés et sollicités par cette information omniprésente, qui ont du mal à se concentrer sans zapper, les articles ont été de plus en plus courts, jusqu’à la sacralisation du format en 140 caractères de Twitter. Un format SMS pour dire quoi ? Qu’on a écrit un article qu’on recommande ? Oui, au départ, mais ensuite ce sont de très brefs commentaires (ou des états d’âme), plus souvent encore juste une réémission des messages des autres. Et de préférence en automatisant les liens entre ses différents comptes, de façon à ce que ces précieux et inoubliables tweets soit bien sur toutes les plateformes simultanément, histoire d’être vraiment sûr, sûr, sûr, que personne ne puisse rater la moindre publication (j’exagère vous croyez ?).

Du coup on ne sait plus. Si c’est intéressant ou pas de suivre le lien ? Qui écrit quoi ? Comment est-on assuré de la qualité du contenu ? Comment peut-on filtrer le bon grain de l’ivraie ? Ne pas lire 10 fois la même chose au risque de manquer ce qui est vraiment important ? Et surtout comment ne passer des heures à trier ces milliers de messages largement inutiles (et pourtant je ne suis – au sens « follow » – pas beaucoup d’amis virtuels), à l’heure ou seuls semblent compter le nombre et la rapidité des retweets ?

 

Bref, un apport du web que je trouve de plus en plus en demi teinte. Pas pour Internet lui-même bien sûr, qui est l’invention la plus importante depuis celle de l’imprimerie, mais pour l’usage qui se dessine. On n’écrit plus, on ne réfléchit plus beaucoup non plus, on répète ce que quelqu’un quelque part a dit sur quelqu’un qui quelque part a peut-être lu, entendu ou vu quelque chose et on y passe des heures. L’histoire de l’homme qui a vu l’homme à qui on raconté l’histoire de l’homme qui a vu l’ours. Je ne remets pas en cause l’apport de Twitter aux révolutions arabes et autres mouvements contestataires, je n’ai pas d’avis sur la question (justement car je ne sais pas ce qui est vrai et ce qui a été propagé par les défenseurs du micro blogging, tant on a lu tout et son contraire), mais sur l’utilisation qui en est faite au quotidien et qu’on nous explique être une tendance de fond.

 

Qu’en pensez-vous ? Je suis complètement rétrograde et je n’ai vraiment rien compris, ou vous avez un sentiment un peu similaire ? Je cherche à comprendre où on va, tous vos avis seront donc les bienvenus !

 

 

* Bien sûr je suis sur Twitter (avec plusieurs comptes même, pour ce blog, pour la peinture, pour le boulot…), Facebook (puisque certains ne savent plus communiquer que là), Google+ et autres Viadeo. Mais pour faire quoi, à part perdre du temps à essayer de trier le fatras qu’on y trouve ? Je me le demande encore…

5 commentaires pour De l’apport du web

  • sentiment complètement similaire, Internet , c’est une belle invention et un bel outil de culture , après… c’est ce que les humains en font!!! et je suis bien d’accord avec toi , trop de dérives , une communication souvent illusoire , la socialisation c’est en autre, la vrai rencontre de l’autre avec la richesse de la différence … restons sur nos gardes face à ce grand bazar dont on n’a pas fini de parler en effet !!! et qui sera sans doute un jour plus règlementé par la force des choses !

  • J’ai la nostalgie des forums, hélas la plupart ont été détrônés au profit de facebook etcie 🙁

  • Je connais quelqu’un qui a « résolu » le problème en ne lisant plus qu’hebdomadaires ou mensuels, il dit qu’il y trouve le recul qu’il n’a pas ailleurs. Je le trouve un tantinet extrémiste mais quelque part il a aussi raison.

  • Je te rejoins complètement, m’étant posée un nombre de fois incalculable la question de l’intérêt de tenir un blog.
    Je ne suis pas sur Twitter, n’en ayant pas encore compris l’utilité…
    Facebook m’apporte l’échange avec différentes personnes sur différents intérêts, un partage, un mode de communication qui a permis de sauver la vie d’une personne (c’est du vécu). Mais si tout cela devait s’arrêter ?
    Comme Cerise, je déplore depuis quelques années la lente descente aux enfers des forums, au profit de ces réseaux qui n’ont de sociaux que le nom, tant on est noyé dans la masse et sous une tonne d’infos pas franchement utile ou véritable.
    Mais c’est le progrès, comme disent les jeunes, dont visiblement, je ne fais plus partie ! 😉
    Ce qui me fait très peur, surtout, c’est ce côté accro qui fait que si tu n’es partie prenante du système, joignable 24/24 et au courant du dernier truc à la mode, que tu ne passes pas ton temps à twitter, répondre 42 fois « lol » par sms dans la journée, t’es rien qu’un andouille.
    Quand j’explique que je connais « en vrai » une partie des internautes avec lesquels je corresponds, on me répond « ah ouais ????? » les yeux écarquillés, car c’est bien connu, on papote avec tout le monde mais on ne connait personne.
    Quant au partage de l’info à proprement parler, comme ladite info n’est plus filtrée mais balancée à la vitesse de la lumière pour pouvoir être le premier à se vanter, ma foi, je ne sais pas où on va, mais on y va droit devant.
    Allez, on va essayer de rester positif, ce que nous connaissons aujourd’hui sera obsolète dans 5 ans, on verra bien ce qui remplacera tout ce fatras. En mieux… ou en pire ! 😉

  • Vous me rassurez ! Mais effectivement, c’est peut-être parce que nous sommes tous trop vieux ?

    Je n’ai pas parlé des forums dans cet article, oubli totalement involontaire, mais j’ai moi aussi eu bien du mal à accepter de tourner la page (d’autant que j’ai rencontré – en vrai – deux d’entre vous grâce à un forum très inspiré !). Oubli involontaire donc, mais tristement révélateur de l’obsolescence accélérée de ces nouveaux outils et usages. 🙁

    Et puis je n’ai pas parlé non plus des agrégateurs de liens et de contenus qui permettent de faire de la « syndication » histoire d’être présent sur la toile sans rien écrire soi même. Nouvel anglicisme, mais pas beaucoup d’intérêt…

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