Vous ne mangez pas (encore) bio ? Vous avez alors probablement consommé de l’huile de moteur ukrainienne…

Découverte fin avril (voir le communiqué de l’AFP du 26/04), la fraude est énorme : de l’huile de tournesol coupée avec du lubrifiant pour moteur, arrivée d’Ukraine le 23/02, a été utilisée pour fabriquer des produits alimentaires commercialisés en France par de grandes marques.

Ci-dessous un extrait du Canard Enchaîné du 14/05/2008. L’information reprise par Libération (14/05), Le Figaro (16/05), Le Parisien (16/05), Le point (23/05)… n’a pas fait beaucoup de bruit jusqu’à présent, mais ce n’est malheureusement pas un canular, comme le confirment les communiqués du Ministère des Finances, hoaxbuster ou Lesieur

Mais si réellement, à ces doses là, cette huile n’est pas réellement dangereuse pour la santé, pourquoi n’en entend-on pas parler ???

Peut-être les nombreux articles publiés dans la blogosphère ces derniers jours nous permettront-ils d’avoir une réponse ?

Achetées en Ukraine, 40000 tonnes d’huile de tournesol coupée au lubrifiant pour moteur ont été distribuées en Europe. Et les produits concernés n’ont pas du tout disparu des rayons français.


Depuis le 5 mai, de la mayonnaise, des plats cuisinés, de la vinaigrette industrielle, des conserves à l’huile, etc… préparées avec de l’huile de moteur sont en vente dans les grandes surfaces. Et ce avec la bénédiction des pouvoirs publics et de la Commission européenne. Bien sur, le consommateur n’a pas été informé…

Officiellement, tout commence le 21 avril dernier, quand le groupe Saipol, numéro un français de la transformation des oléagineux et accessoirement propriétaire de Lesieur, prévient la Répression des Fraudes que son usine de Sète, où est raffinée de l’huile de tournesol brute, il y a un sérieux pépin. Une grosse rasade d’huile achetée en Ukraine est farcie à l' »huile de moteur », huile minérale dérivée d’hydrocarbure. Et pas qu’un peu : d’après nos informations, sur 2800 tonnes d’huile apparemment irréprochable, livrées en France, 19 tonnes auraient mieux fait d’aller graisser des rouages et des pistons que des gosiers. Deux jours plus tard, la France informe officiellement ses voisins européens : cette cargaison fait partie d’un énorme lot de 40000 tonnes, qui a atterri non seulement en France, mais aussi aux Pays-Bas, en Italie et en Espagne. Et c’est tout le lot qui a été trafiqué ! De quoi, pour les escrocs, se faire du beurre : sachant que la tonne d’huile de tournesol brute est vendue 1800 euros et que d’après les confidences d’un fonctionnaire de la Commission européenne, ce sont en tout pas moins de 280 tonnes d’huile de moteur qui ont été introduites en douce dans les containers, les margoulins d’Ukraine ont empoché un bénéfice de 504000 dollars (moins ce qu’ils ont déboursé pour l’huile bidon, certes, mais celle ci coûte des clopinettes).

A partir du 26 avril, la Commission européenne et la répression des fraudes rendent publique l’alerte. Officiellement, l’huile de tournesol frelatée mise en bouteilles et les plats préparés à partir de cette mixture ont tous été retirés des rayons et « n’ont pas atteint le consommateur ». Fort bien, mais, au fait combien de lots ont été retirés en tout ? Questionnée par « Le Canard », la DGGCRF, autrement dit, la Répression des fraudes, explique que « compte tenu du nombre d’entreprises concernées, il est impossible d’en connaître le nombre exact ». Chez Carrefour Promodès, enseigne qui possède la moité des grandes surfaces alimentaires en France, on admet du bout des lèvres avoir retiré pas moins de… 200 produits concernés !

Bref, tout baigne. Sauf qu’il reste un léger problème : Saipol, la maison mère de Lesieur (laquelle marque a fait répondre au Canard par son agence de com’ qu’elle n’était « en rien concernée »), a reçu sa cargaison d’huile frelatée fin février. Et n’y a vu que du feu. Jusqu’à ce qu’un mois plus tard un industriel du nord de l’Europe, destinataire du même lot, l’informe après analyse que quelque chose clochait dans l’huile de tournesol ukrainienne . Et ce n’est qu’un mois plus tard que Lesieur a enfin sonné l’alerte auprès de la Répression de fraudes. La question qui se pose est cruciale : combien de produits assaisonnés à l’huile frelatée ont été conditionnés et commercialisés entre-temps ? Saipol reconnait avoir raffiné l’huile en question pour la vendre ensuite à « une trentaine de clients de l’industrie agroalimentaire » Parmi lesquels on trouve Saupiquet, Unilever (propriétaire de Knorr, Magnum, Fruit d’Or, Miko, Planta Fin, Amora…) mais également Carrefour Promodès et Auchan. Ainsi, on peut trouver cette huile de moteur dans des batonnets de Surimi, du cèleri rémoulade, de la soupe de poisson en conserve, du poisson pané, des paupiettes de veau, du thon et des sardines à l’huile, mais aussi dans la pâte à tartiner chocolatée, le blé pour petit déj’, les gauffrettes à la confiture, les barres céréalières et sucrées pour les enfants, les cookies et bien sur la mayonnaise, le tarama, la sauce béarnaise et enfin de la sauce vinaigrette, dont il refuse de citer les noms. Mystère et salade verte. […]

Mais il y a plus sérieux : contrairement à ce qu’ont d’abord assuré la Commission européenne et les pouvoirs publiques français, tous les produits additionnés d’huile contaminés n’ont pas été retirés des rayons. En effet, le 2 mai, la Commission européenne s’est fendue en catimini d’une recommandation autorisant la vente de tous les aliments contenant moins de 10% d’huile de tournesol frelatée. […]

Comme l’admet la DGCCRF dans une note adressée au Canard, le 7 mai, « en l’absence de toxicité aiguë », tant pis pour les mayonnaises et autres petits plats déjà vendus. « Aucun rappel » n’a été effectué .[…]

Source : Le Canard enchainé, 14 mai 2008


1 commentaire pour Vous ne mangez pas (encore) bio ? Vous avez alors probablement consommé de l’huile de moteur ukrainienne…

  • Sur mon ancien blog

    Mes huiles et beaucoup d’autres de mes produits sont bio… même les lessives…. et vive les graines germées…
    Commentaire n°1 posté par papolette le 27/06/2008 à 08h54

    On a fait un tour sur http://scandaledusiecle.canalblog.com c’est un blog assez complet sur l’affaire lesieur, vous y trouverez les liens vers la doc officielle et vous saurez pourquoi les médias étouffent l’affaire ! C’est édifiant ! Vous y apprendrez, en épluchant le rapport de l’AFSSA que la DJA est atteinte et même légèrement dépassée pour l’enfant de 3 ans et plus.Que dire alors des moins de 3 ans et des femmes enceintes, a fortiori lorsque le foetus fait moins de 1 kg, c’est à dire dans les premiers mois de la grossesse ? ? 🙁 C’est ce qui a motivé notre réaction. C’est vraiment le scandale du siècle, la vache folle ou le sang contaminé, a côté c’était rien. Et tout le monde est fautif: Lesieur n’a pas testé son huile avant de la revendre,du 23 février au 7 avril, Lesieur a attendu deux semaines pour informer la DGCCRF, une fois la fraude avérée. Les pouvoirs publics n’ont pas tenus compte de la toxicité pour les enfants à naître et de moins de 3 ans, avant d’autoriser la vente des lots contaminés. Les médias n’ont rien cherché à savoir. Ils se taisent. :siffle: Si le lien ne marche pas ou si le serveur est saturé, essayez voir les liens suivants : http://scandaledusiecle.over-blog.com/ ou http://scandaledusiecle.blog.fr/ Ou encore http://fr.wikipedia.org/wiki/Lesieur_%28huile%29
    Commentaire n°2 posté par Joinneau-Choubrac le 24/07/2008 à 00h58

    Merci pour le lien, beaucoup de choses très instructives dans les sources données en effet.
    Réponse de Hélène H le 25/07/2008 à 23h20

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